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Octopus en facilitation graphique

Plus je progresse dans mes réflexions sur l’état du monde, la place que j’ai envie d’occuper, les enjeux qui me touchent, plus je ressens que finalement tout est lié. Penser ma relation à la nature, aux autres et à moi-même ne sont que les angles d’une même réflexion, d’un même chemin.

Les Tisserands, le déclic

En septembre 2017, une comparse de la Labsession m’offre un livre : Les Tisserands, d’Abdenour Bidar. J’y découvre avec délectation une théorie qui donne corps à mes pensées. Face aux enjeux du monde, à ce que le philosophe appelle la grande fracture, il convient de repenser notre rapport à nous même, aux autres et à la nature. Repenser notre rapport à la spiritualité. En effectuant ce chemin individuellement, puis en reliant entre eux ces tisserands, ces éléments de l’archipel des consciences, alors nous pourrons peut être relever ce défi unique dans l’Histoire.

Je découvrirai plus tard des visions similaires chez Satish Kumar, disciple de Gandhi, fondateur du Shumacher College en Angleterre, qui parle lui des 3S, SOIL, SOUL, SOCIETY (traduit en français par La Terre, l’Âme, la Société). Penser l’harmonie entre ces 3 axes est selon ce penseur la source d’une vie heureuse et harmonieuse.

La théorie U que nous avons croisée dans le chapitre précédent propose une lecture proche à travers le modèle en iceberg. Les trois grandes fractures du monde moderne — environnementale, sociale et spirituelle — correspondent à une forme de déconnexion d’avec Soi, les autres et la nature.

THéorie U
Les tentacules … comme illustration de notre rapport au monde

En poursuivant cette réflexion, en y associant les différentes dimensions de chacun de ces trois axes, émerge cette vision, huit axes d’énergie, d’échange avec le monde, de rapport au monde.

J’y vois la représentation d’un octopus, qui illustre ces axes vitaux, d’énergie. J’aurais pu choisir une image autre, celle de l’arbre par exemple avec ses racines, ou celle plus abstraite d’axes de liaison au monde, mais j’ai choisi l’octopus. J’adore le côté vivant et extrêmement intelligent des pieuvres.

Chaque lien avec l’une de ses dimensions, chaque tentacule, vit et évolue au cours de notre vie. Tantôt atrophié, tantôt hypertrophié, quelques fois en sens unique, quelques fois à double sens, illustrant ces temps où on puise plus qu’on ne donne ou vice versa. En observant les différentes phases de ma vie, j’ai pu constater que consciemment ou non, j’ai donné des formes très différentes à cet octopus.

Un octopus atrophié …

En revenant sur ma longue période de salariat et de jeune adulte, je ressens une vision atrophiée, avec des axes peu développées.

Vivant en ville, j’avais peu de rapport à la nature, aussi bien physique que spirituel.

Ingénieur de formation, j’avais beaucoup misé sur mon intelligence rationnelle, la fameuse tête bien pleine, mais négligé mes émotions, mes capacités créatives. Mon métier qui plus est m’orientait davantage vers une application de méthodes, d’outils de gestion de projet que vers la créativité.

J’excluais totalement à l’époque toute approche de ma psyché et d’éclairage sur mon fonctionnement interne et mes émotions. “Les psys, des charlatans. C’est pour les fous”. De même, la spiritualité, assimilée dans mon esprit profondément athée à la religion, était bannie de mon champ de pensée. En résultait je pense, une fausse présence à mon cercle intime, couple, famille, amis.

De multiples déménagements, mon installation à Paris et mon inclination aux voyages m’ont progressivement coupé de mes racines, des lieux de mon enfance, et au-delà, de mes grands-parents et ancêtres, de leurs valeurs et de leur histoire.

Mon approche à la politique se résumait alors à un vote hérité de ma famille. Je votais PS pour faire plaisir sans me poser de question.

Mon rapport à la société était alors très fonctionnel, celui d’un consommateur qui suivait le mainstream et la doxa consumériste. Le shoot du consommateur pendant l’acte d’achat…

Enfin mon rapport au travail était également fonctionnel, un salaire, une situation, un CE et hop, on consomme. Très confortable… Du moins en apparence.

En représentant cette situation de vie sur l’octopus, on voit notamment des tentacules nature et racines absentes, un rapport uni-directionnel à la société, donnant peu, un rapport aux autres assez effacé, et une architecture intérieure, un rapport à moi-même, assez renfrogné. Un octopus assez atrophié donc…

De nouvelles sources d’énergie

A trente ans, je tombe amoureux de ma femme, et débute quelques années plus tard un travail psychanalytique.

Je me formule aujourd’hui, avec cette théorie de l’octopus, que ces deux événements ont remis en mouvement fondamentalement les parties atrophiées. La vie a progressivement re-circulé dans des tentacules éteints depuis longtemps. Certains axes ont changé de nature, sont devenus bi-directionnels, ont grandi.

A cela s’est ajouté mon appel de la nature (cf chapitre 2). Je tiens là je pense l’origine profonde du chemin que j’ai débuté il y a plus de trois ans. Ces trois sources combinées sont à l’origine de l’énergie qui me porte aujourd’hui .

Vers un octopus relié et vivant

Je comprends donc finalement que la transition dans laquelle je me suis lancé, que je prenais au départ pour une réflexion sur l’axe travail uniquement, consiste en réalité à prendre conscience de tous ces liens, de ce système octopus, et de décider, progressivement et en conscience, de rendre pleinement vivants tous les axes. Et de les façonner, de les irriguer, en vue d’une vie heureuse et harmonieuse. Cette vision systémique de mon rapport au monde me guidera pour les temps à venir.

Voici donc mon octopus du futur.

Vision systémique, la métaphore de l'octopus pour symboliser toutes les dimensions de l'être

Mon rapport à la nature :

  • C’est aujourd’hui une source d’inspiration, d’énergie et d’émerveillement.
  • J’ai également le souhait de la protéger, d’en prendre soin.

Mon rapport aux autres, aux intimes :

  • La relation que j’ai développée avec Anne-Sandrine, mon épouse, est une relation soutenante et très enrichissante. Je veux la cultiver.
  • Développer un chemin d’écoute et de présence à ma famille et à mes amis.
  • Cultiver l’amour.

Mon rapport à mes racines :

  • Cultiver la mémoire des ancêtres, des ascendants, leurs valeurs, leur Oeuvre.
  • Rester relié aux lieux de mon enfance.
  • Garder mon âme d’enfant.

Mon rapport aux autres :

  • Voter en conscience. On dit que face aux enjeux du monde à venir, nous avons deux cartes à jouer. La carte d’électeur …
  • … et la carte bancaire : je veux passer à un mode de consommation consciente. Progressivement m’interroger lors d’un achat sur 3 angles : à quels besoins répond-il ? Quels impacts a-t-il sur la planète ? Quels impacts a-t-il sur la société ?
  • Développer un travail qui met en mouvement toutes mes compétences, me développe et me permet de contribuer à l’avènement d’un nouveau monde. Un travail où je cultive également des relations riches et soutenantes. Nous y reviendrons très bientôt.

Mon rapport à moi-même :

  • Prendre soin de mon corps, véhicule de ma transition. Je suis en route sur ce chemin.
  • Rester curieux, me former, lire et apprendre.
  • Développer ma créativité et mes formes d’intelligence émotionnelle.
  • Poursuivre le chemin psychique d’une meilleure connaissance de ma vie intérieure, méditer, laisser de l’espace.

En posant cette vision ici, je ressens l’énergie, la vitalité, l’envie d’avancer.

Et vous, où en êtes-vous de votre octopus ? Équilibré, atrophié, hypertrophié ? sur un tentacule ? Ou plusieurs ?

Au moment où je termine ce chapitre, nous sommes, avec ma femme Anne-Sandrine, à une semaine pile de l’éclosion du neuvième tentacule, celui de notre parentalité. Quelle forme prendra-t-il ? Je l’espère vivant et plein d’amour et d’énergie !

Ainsi modélisée la systémie de mon rapport au monde, j’ai envie d’explorer dans le septième chapitre, pour ouvrir la deuxième partie de ce récit, comment tout cela m’a relié à la partie de moi sensible et créative. Comment explorer la part sensible du monde.

Adresse 13 rue des Couteliers, 31000 Toulouse
E-mail contact@lesgrandsespaces.earth
Téléphone 06 43 93 73 79

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