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On parle de “social calling”, ou le “déclic pour agir”, cet appel à vous engager dans une cause sociale ou sociétale qui vous touche. Quelqu’un qui survit à une épreuve et qui veut aider d’autres à s’en sortir, ou qui est touché par les conditions d’existence à l’occasion d’un voyage et qui veut résoudre le problème. Ce déclic est souvent à l’origine de l’engagement des entrepreneurs sociaux.

C’est Arnaud Mourot, responsable d’Ashoka Europe , un réseau d’entrepreneurs sociaux qui raconte en 2017 de façon touchante son social calling : promis à des études de médecine brillante et sportif de haut niveau, il part en Roumanie faire une compétition de lutte. Son bus traverse les faubourgs de Bucarest et passe devant les gamins de la rue. Ils se shootent avec de la mie de pain placée devant les pots d’échappement de la rue. Cette expérience choquante sera son déclic pour monter une association d’aide aux enfants par le sport et pour s’engager auprès d’Ashoka.

Il s’est plutôt agi pour moi d’un planet calling, un appel de la nature, que j’arrive assez bien à positionner dans le temps. Et dans l’espace.

Mon planet calling

Afrique du sud, en août 2008.

Nous retournons pour la 3ème fois, ma femme Anne-Sandrine et moi, dans ce pays qui nous appelle. Un matin, nous assistons seuls au lever de soleil au-dessus d’un étang, depuis un observatoire nommé Lake Panic. Une structure en bois au ras de l’eau qui offre un panorama splendide sur le lac et la faune avoisinants. Aucun bruit humain, uniquement celui des oiseaux qui se réveillent doucement. Une brume flotte sur l’étang, un hippopotame affleure, et un cormoran africain est perché sur une branche. L’ambiance est incroyable. Nous restons deux heures sur place. De ces instants suspendus, où vos sens sont en alerte, votre regard happé, votre odorat plein des odeurs du bush, votre ouïe à l’affut.

Je garde une image extrêmement forte de ce moment.

Nous sommes retournés dans cet endroit pendant plusieurs années, j’ai développé ma sensibilité à cette nature sauvage, me suis mis à la photographier. J’ai progressivement pris conscience de la beauté et de la fragilité de ces écosystèmes, du côté unique des rencontres avec la faune sauvage.

Et en même temps, ça part en sucette

Le temps passe, je continue mon activité professionnelle, nous partons en 2009 en expatriation en Italie, à Rome. Super poste, situation en or, bien payé, bien logé. Je coche la case de l’expatriation sur mon cv de cadre dans un grand groupe. Nous poursuivons nos voyages, retournons d’ailleurs en Afrique du Sud. Si l’expérience est professionnellement compliquée, c’est aussi personnellement qu’elle est apprenante : il m’apparait à Rome très clairement que le bien-être ne viendra pas que de la situation matérielle. Car alors que nous avons tout, je ressens un grand grand vide…

Avril 2011, retour d’expat, retour à Paris. C’est assez compliqué. Comme une impression de retour en arrière. De plus, le poste qui m’attend au retour ne me fait pas rêver, mais j’ai envie malgré tout de rentrer. Je m’aperçois au bout de quinze jours que j’ai sauté les deux pieds dans ce que David Graeber appelle aujourd’hui un Bullshit Job. Un boulot de contrôle, beaucoup de tableaux de bord, peu d’interactions, pas de créativité, des projets inutiles, une organisation toute particulière où les coups bas et réflexions bassement politiques animent les responsables. Je n’ose pas en parler, me dis que le problème vient de moi, prends cela comme un échec. Je pars rapidement en déprime, voire plus. Je ne trouve plus aucun sens dans ce travail. Tombant sur une grille d’analyse des Risques PsychoSociaux, RPS, je m’aperçois alors que je suis en grosse zone de risque sur 5 critères, notamment ceux liés à l’autonomie, à la reconnaissance et à l’utilité.

Le bore-out guette, ce syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui. Il me faut agir. C’est à ce moment, début 2012, que je réalise que cette voie n’est plus pour moi, et que j’ai suivi le courant depuis 13 ans.

Il est grand temps de prendre les choses en main.

Un bon coup de talon

Je démarre à cette époque un travail psychanalytique. Au départ motivé par mes difficultés à me projeter dans le futur, je commence ce travail sans trop savoir où il me conduira. Ce sera un voyage passionnant et très éclairant.

Mais les débuts sont très compliqués. Comme si on vous amenait à faire pause, regarder le château de cartes sur lequel vous vous êtes bâti pendant plus de trente ans et constater que de nombreuses cartes n’ont rien à faire là. Vous constatez aussi à quel point votre château est fragile et penché. Sans entrer dans le détail de ce chemin, très personnel, je peux dire aujourd’hui qu’avec la rencontre avec mon épouse Anne-Sandrine, notre découverte commune de Lake Panic, la psychanalyse est le troisième élément qui me permet aujourd’hui d’avancer en liberté et créativité.

Mais revenons à ces débuts de psychanalyse… Quelques mois après ce démarrage chaotique, je décide de faire un bilan de compétences avec une idée en tête, redonner du sens à mon travail et m’engager pour la préservation de la nature, oeuvrer pour un développement durable. À l’époque, mon envie est de mettre mes compétences acquises dans mon expérience pro, gestion de projet et conduite du changement, au service de la nature. Je fais finalement le choix de rester chez mon employeur et de rejoindre la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) du groupe. Un choix de tête, plutôt que de coeur. La peur du vide.

Mais ce changement, bien que non radical, me permet d’ouvrir une brèche qui me redonnera une énergie incroyable: celle de la créativité. D’une position que je percevais comme extrêmement rigide et du monde très procédural des systèmes d’information, en tout cas, dans la vision que j’en avais, je passe à un univers où tout est relié, ouvert et tout est à faire. Il faut tester, expérimenter, proposer des choses différentes, pour amener l’entreprise à une meilleure appréhension des enjeux sociétaux et environnementaux. C’est tout un nouveau prisme du monde des affaires qu’il faut créer. C’est un vrai renouveau, ma première renaissance. J’ai l’impression d’être aux manettes et de m’exprimer. Trois belles années, où je croise des thématiques passionnantes comme l’éco-conception, l’innovation responsable et la mobilisation des parties prenantes.

Mais tout cela est loin de l’Afrique, de la photo et de la faune. Je reste salarié d’une compagnie aérienne, qui pollue, et les petits pas engagés ne changent pas assez rapidement les choses. Et le temps passe.

C’est alors qu’Anne-Sandrine, mon épouse, va m’ouvrir la voie.

Passer le seuil

Décembre 2015. Notre vie bascule. Anne-Sandrine réussit le concours d’entrée au prestigieux Orchestre National du Capitole de Toulouse. Elle débute le 13 janvier. En quelques heures, notre vie s’ouvre sur un nouveau futur. Étrange. Un futur à deux polarités, Paris et Toulouse, où je prends l’avion une fois par semaine. Pendant plusieurs mois. Nous découvrons cette ville que nous ne connaissons pas, nous nous habituons à ce rythme 4 jours ici, 3 jours là.

S’ouvre à peu près en même temps un plan de départ volontaire chez mon employeur. Réduction d’effectifs, une nouvelle fois. Lors de mon bilan de compétences en 2012, je m’étais posé la question du départ, la peur du vide m’avait convaincu de rester. Cette fois, la donne est différente.

Je ne sais dire aujourd’hui ce qui m’a réellement fait décider. Est-ce le fait qu’Anne-Sandrine avait trouvé sa voie à Toulouse ? Que j’étais désillusionné sur mon rôle et mon futur dans un grand groupe ? Que nous étions deux compères collègues à nous motiver dans les démarches de départ ? Ou plus simplement, moins rationnellement, que j’étais cette fois prêt à suivre l’appel du héros, l’appel du sauvage ?

Toujours est-il qu’au retour d’un voyage extraordinaire en Namibie, je prends la décision en septembre 2016 d’ouvrir une nouvelle page et de tenter l’aventure. Je partirai fin mars 2017.

Je retiens de ce moment houleux qu’après avoir pris de nombreuses décisions dans ma vie, même très simples et sans enjeux, grâce à des fichiers Excel compliqués, avec multiples critères et pondérations, comme tout esprit rationnel que je suis, j’ai pris celle-ci, cruciale pour mon avenir, sans fichier. Cela ne veut pas dire sans sueurs froides…

Les mois passent, rapidement, arrive bientôt le 31 mars 2017, et le fameux premier jour du reste de ma vie. Je vais me retrouver dans une situation inédite, sans prochaine étape. C’est alors que pour cette nouvelle trace que j’ouvre, un aventurier célèbre va me venir en aide.

Adresse 13 rue des Couteliers, 31000 Toulouse
E-mail contact@lesgrandsespaces.earth
Téléphone 06 43 93 73 79

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